TOGO : Découvrir l’agroforesterie avec l’ADETOP
Cabosses de cacao à Kpalimé
Situé en zone de moyenne montagne, à une dizaine de kilometres de la ville de Kpalimé, Kouma-Konda bénéficie d’un climat privilégié et d’un environnement naturel riche en biodiversité, notamment la forêt sacrée de Missahoé.
Afin d’enrayer la déforestation liée à la pratique des cultures sur brûlis, les membres de l’ADETOP se sont appuyés sur le développement d’un écotourisme solidaire, basé sur une forte implication des communautés locales, afin de financer des pépinières, des chantiers de reforestation et des actions pédagogiques auprès des établissements scolaires de la région.
Des guides, natifs de Kouma-Konda, proposent aux visiteurs des circuits thématiques sur différents thèmes, notamment l’agroforesterie qui, en associant cultures vivrières et essences forestières, offre une alternative aux modèles que l’industrie agro-chimique essaye d’imposer en Afrique de l’Ouest.
Faire de l’écotourisme avec l’ADETOP, ce n’est pas seulement découvrir les étonnantes synergies végétales qui caractérisent l’agroforesterie, c’est également encourager et valoriser la préservation d’un savoir ancestral qui apporte une vraie réponse aux problèmes liés à l’augmentation de la pression anthropique sur le milieu forestier.
Associée à une politique volontaire et pertinente de préservation des zones forestières à haute valeur biologique, l’agroforesterie est certainement une pièce maîtresse dans la lutte contre la déforestation.
Vous trouverez ci-dessous des extraits d’un carnet de voyage témoignant du travail de terrain fait pas l’ADETOP, ainsi que les coordonnées de l’association.
Plantations de manioc à Missahoé
Alors que le ciel se dégage des brumes matinales et que le soleil commence à briller, nous partons avec R…. , guide de l’ADETOP, pour une promenade botanique aux alentours du village de Kouma-Kunda.
Première salutation au majestueux ficus qui trône au milieu du village. C’est l’arbre à palabres et des villageois jouent à l’awélé sous son ombrage.
Descente dans la forêt et initiation aux arbres dont l’écorce ou les feuilles sont utilisées pour fabriquer des teintures végétales. C’est ainsi que les graines du rocouyer (Bixa orellana), essence originaire d’Amérique du sud, permettent d’obtenir un colorant rouge vif, utilisé notamment par les femmes comme rouge à lèvre.
Nous traversons des plantations de papayers et de ricin. Un arbre présenté comme « alofa » produit des fruits allongés qui permettent la fabrication d’éponges végétales.
La région est grande productrice de cacao et de café. La cendre de combustion de la calebasse de Theobroma cacao , mélangée à de l’huile de palme, est utilisée pour la fabrication de savon. Les graines sont couvertes d’une substance gélatineuse et blanchâtre, au goût sucré et agréable.
Un peu partout, nous voyons des albizzias qui sont très utilisés en agroforesterie car les racines ont la propriété de fixer l’azote dans le sol..
R….. nous explique comment distinguer les bananes plantain : le haut du tronc du bananier est noir. Le bananier ne donne qu’un régime ; après la cueillette, il est coupé pour permettre une repousse par rejet.
De petits buissons portent de curieuses feuilles ponctuées de tâches blanches et rouge vif ce qui leur vaut d’être appelées « palettes du peintre ».
Les caféiers robusta ont de larges feuilles mais de petites graines réparties tout au long des tiges ce qui facilite leur cueillette alors que les grains de l’arabica, plus fragile, doivent être ramassés un par un. Le premier pousse facilement en plaine alors que le second affectionne la moyenne montagne.
Nous découvrons ensuite, tout au long du chemin forestier et en alternance avec des plantations de ricin, de maïs et d’ignames, des goyaviers et des champs de pamplemoussiers.
Le tronc épineux du "sablier" (Hura crepitans) en fait un tuteur naturel idéal pour les plantes grimpantes, notamment le poivrier (Piper nigrum).
Le palmier à huile est particulièrement apprécié, non seulement parce qu’on fabrique à partir de sa sève le vin de palme et, par distillation, le « sodaby » omniprésent au Togo, mais également parce qu’il fournit de l’ huile extraite de ses fruits et que ses feuilles sont utilisées en vannerie ou pour la confection de clôtures ou de balais.
L’avocatier ainsi que le manguier ont également été introduits dans la région. Le premier peut produire deux fois par an. La deuxième couche de l’écorce du manguier, pilée et bouillie, est utilisée comme pansement gastrique en médecine traditionnelle.
Nous traversons ensuite des plantations de manioc. Le manioc se bouture très facilement. Lorsque la feuille jaunit, c’est le moment de déterrer les tubercules qui seront bouillis et pilés pour obtenir une pâte très nourrissante.
Un peu partout, des frakés (Terminalia superba) assurent l’ombrage protecteur permettant le développement des jeunes plants. Ces arbres ont également la particularité lors de leur croissance de scléroser les branches basses et de fournir ainsi les villageois en bois de feu.
Sont également présents le parasolier (Musanga cecropioides), le colatier (Cola nitida), l’iroko (Chlorophora exelsa), le kapokier (Ceiba sp.) et l’acajou (Kbaya grandifolia). Plusieurs de ces essences sont replantées sur les zones de brûlis afin d’enrayer l’érosion des sols dans le cadre de chantiers de reforestation organisés par l’ADETOP.
Après avoir pique-niqué en compagnie de volontaires canadiens prés d’une cascade, nous croisons sur le chemin de retour le chef du village et ne manquons pas de nous présenter et de le saluer conformément aux usages.
En revenant au village, une femme nous aborde pour nous demander un stylo. Elle est aussitôt remise en place par R….. qui lui rappelle que la mendicité n’est pas de mise à Kuma-Kunda.
Initiée par l’ADETOP et présidée par Prosper Nyanu, enthomologiste renommé bien qu’autodidacte, l’association des guides a un rôle essentiel car elle permet de garantir le respect d’une certaine éthique et le niveau de compétence des guides tout en assurant une répartition équitable des corvées d’entretien des chemins mais aussi des revenus procurés par l’écotourisme. Sur le montant des recettes, une part est consacrée à une caisse commune permettant de financer les projets locaux.
Petit déjeûner avec un excellent robusta local à 7h00 puis départ sur les motos de F….. et T…… pour la cascade de Womé, découverte par l’ADETOP qui a prospecté la région pour proposer aux visiteurs l’accés à des cascades proches de Kpalimé.
Nous laissons les motos au bout d’une piste, sur une aire d’accueil aménagée pour recevoir le public. Le sentier plonge dans une gorge verdoyante et devient de plus en plus raide. Des marches empierrées ont été réalisées par une petite association locale qui se charge de l’entretien et percevra en contrepartie un droit d’accés de 1000 F CFA (1,50 euros) par visiteur.
Très belle cascade dans une végétation luxuriante, avec une vaste piscine naturelle. Des lianes de plus de 7 metres de hauteur plongent d’une falaise et s’enracinent pour former un arbre lorsqu’elles ont atteint le sol.
Cascade de Womé
Nous regagnons ensuite les motos et nous rendons au village pour rendre visite aux responsables de l'association "Akatamanso". Ils recherchent un microfinancement pour payer le ciment et le transport des pierres nécessaires à l'achèvement des escaliers. Un chantier d'écovolontaires est évoqué avec N...., de même que la nécessité d'équiper le sentier et le site de poubelles car quelques déchets en plastique y ont malheureusement déja fait leur apparition.
Retour à Kpalimé et déjeûner de « poulet bicyclette » chez Lazare. Nous repartons ensuite visiter des établissements scolaires dans lesquels l’ADETOP a organisé des chantiers de replantation. Dans le quartier de Nyiveme, ce sont les rives d’un cours d’eau qui ont été réhabilitées sur prés d’un kilomètre par l’élimination d’une décharge sauvage, le nettoyage des rives, et la plantation d’acajou, acacia, frake, cordia et Iroko. Parallèlement, des actions de sensibilisation ont été menées auprés des riverains pour prévenir l’accumulation de nouveaux détritus. Le résultat est spectaculaire comme en témoigne la présence de nombreux insectes aquatiques et d’oiseaux voletant de buissons en buisson le long des berges. La croissance de certains arbres, notamment le fraké, qui n’ont que 3 ans mais atteignent déjà plus de 6 metres est étonnante.
Nous partons ensuite au sud de la ville pour visiter une petite unité de production de spiruline respectant les critères de l’agriculture biologique. La spiruline se développe dans de grands bacs puis est récoltée au bout d’une semaine environ avec des tamis. Elle est ensuite séchée et broyée en poudre fine puis conditionnée sur place en sachets. Très riche en oligoéléments et vitamines, la spiruline représente un complément alimentaire particulièrement intéressant.
Forêt de Missahoé
Nous empruntons une route de montagne en lacets et observons plusieurs traces de brûlis sur les collines environnantes, puis atteignons le plateau pour nous rendre au monastère bénédictin. Des tables en bois disposées à l’entrée du domaine permettent au visiteur de pique-niquer face à la chapelle circulaire, entièrement construite en bois local.
Les bénédictins ont fait ici un travail remarquable et leur domaine est devenu une véritable vitrine de l’agroforesterie.
Nombreux « jacquiers » dont les « jacques-fruits » fournissent une pulpe et des graines comestibles après cuisson.
Des pieds de gingembre prospérent sous le couvert végétal. Le taro, dont la tubercule se cuisine comme la pomme-de-terre, est cultivé au pied des frakés (Terminalia superba, également dénommé « limba »). L’albizzia, arbre-légumineuse, est également très présent car son feuillage peut servir de fourrage pour le bétail et enrichit l’humus. Le binage du sol à la houe autour du pied permet de libérer de l’azote dans le sol à partir des radicelles sectionnées. La distance optimale d’écart entre les plantations est d’environ 5 metres et l’élagage manuel, voire naturel avec le fraké dont les branches basses se sclérosent naturellement, assure du bois de feu pour les villageois.
Les plans de caféier affectionnent la mi-ombre et sont associés à des arbres du genre samanea ainsi qu’à Albizzia adiantifolia. On cite volontiers l’exemple d’une entreprise française qui planta des futaies régulières de caféiers après avoir nettoyé le terrain par des coupes rases afin de « faire propre » conformément à une certaine culture forestière qui sévit encore aujourd’hui. Privés de la protections de leurs grands aînés, les jeunes caféiers périclitèrent et ne donnèrent qu’un rendement médiocre.
On trouve également sur le domaine du monastère des caramboliers (fruit un peu acide), du vitex (bois utilisé pour la fabrication des congasses, djembés et tam-tams), poivriers, avocatiers et cordias. Contrairement à d’autres essences, l’avocatier (Persea americana) se cultive seul et ne peut être associé à d’autres plantes. Au même titre que le manguier (Mangifera indica) et le teck (Tectonia grandis), il s’agit d’une essence qui a été introduite avec succés au Togo.
En quittant les lieux, nous faisons une halte à la boutique du monastère qui propose à la vente du café (Robusta, arabica et mélanges), en grain ou moulu, des confitures de goyave, ananas, et gingembre, du poivre, des biscuits, thé, épices, miel, vinaigre de miel et de la pommade à la propolis utilisée pour favoriser la cicatrisation des plaies et brûlures.
Nous regagnons le taxi et rentrons à Kpalimé après nous être arrêtés à l’une des pépinières qui bordent la route et où sont vendus de jeunes plants d’acajou, cacao, manguier, citronnier, cordia, jacquier, goyavier, teck et palmier.
Nous remontons ensuite à Kuma-Kunda et retrouvons T…… qui nous conduit à l’une des plantations pilotes de l’association. Nous faisons ensuite une pause dans l’un des « maquis » du village, sous le grand ficus qui fait fonction d’arbre à palabres. Tout en discutant avec une amie, la patronne épluche des racines d’ignames à coups de machette et les coupe en morceaux pour les faire bouillir dans une grande marmite afin de préparer le traditionnel « fufu ».
Le soir, repas chez L……la stagiaire québecquoise qui travaille à l’ADETOP et loge dans une grande maison située prés de la cathédrale. Repas de riz blanc et « ablos » avec sauce lamouhou (tomate , poisson, épices).
Contact :
ADETOP
BP 523
Kpalimé – TOGO
Tel : (00 228) 441 08 17
Site internet: http://www.adetop-togo.org/adetop/adetop.html
E-mail : adetop@caramail.com adetop14@hotmail.com
Kapokier
Forêt de Kouma
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