Plantez des palétuviers avec ECOBENIN
Avec ses 126 km2, le lac AHEME est une composante essentielle du vaste système fluvio-lacustre de la côte béninoise. L’ensemble de la zone, intégrant le delta du Mono au Togo, est classé « zone humide d’importance internationale » au titre de la convention RAMSAR.
Jadis ceinturé de mangroves, le lac Ahémé a subi une forte pression anthropique qui s’est notamment traduite par la déforestation de ses rives et un appauvrissement de la ressource halieutique dont dépendent la plupart des communautés riveraines, certaines vivant exclusivement de la pêche.
Techniques de pêche au lac Ahémé : L’épervier (« Dôdida »), les tronçons de bambou immergés (« Gbodove go »), les lignes d’hameçons (« Djohoun » et « Mleinkanga »), les barrages à nasses (« Xhâ ») . Les gambas sont capturées dans des nasses, près du cordon lagunaire au sud du lac.
La dégradation des mangroves a des effets directs sur la ressource en poisson car les « racines-échasses » des palétuviers rouges (Rhizophora racemosa, « Weto »en dialecte local) servent de refuges et de frayères pour de nombreuses espèces (plus de 70 recensées) et abritent également crustacés, mollusques, chiroptères, singes vervets (Cercopithecus tantalus) ou mones (Cercopithecus mona), varans du Nil (Varanus niloticus) ainsi qu’une abondante avifaune, sédentaire ou migratrice.
Racines échasses de palétuviers rouges
Réservoirs de biodiversité, les mangroves jouent également un rôle important dans la stabilisation des rives, limitant ainsi l’érosion provoquée par les crues et les précipitations. Ce rôle essentiel des mangroves ne se révèle malheureusement que dans les zones où elles ont été détruites et où chaque précipitation entraine une coloration rougeâtre des eaux du lac. La boue charriée par les eaux de ruissellement contribue à l’asphyxie des organismes vivant le long des rives.
Les mangroves augmentent la résilience et la résistance des écosystèmes littoraux face aux aléas géo climatiques. C'est dans les zones où les mangroves avaient été détruites que l'impact du tsunami qui a frappé les côtes indonésiennes en octobre 2010 a été le plus meurtrier.
Parmi tous les écosystèmes forestiers, les mangroves sont les championnes toutes catégories de la séquestration de carbone ! On estime leur capacité de fixation à près de 110kgs par hectare et par jour ce qui leur a valu le qualificatif d' "aspirateurs à carbone".
Préserver les mangroves subsistantes et restaurer les surfaces dégradées est donc un enjeu essentiel tant pour les hommes que pour leur environnement.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet de l’ONG ECOBENIN qui a engagé un vaste programme de plantation de palétuviers rouges.
Couvrant déjà les villages de Kpétou, Possotomé, Gongué et Agatogbo, le projet s’appuie sur des comités villageois qui en sont les chevilles ouvrières et contribuent largement à son appropriation par les communautés locales.
Réunion « de terrain » entre ECOBENIN et les représentants d’un comité de
replantation
Très résistant et parfaitement adapté à son milieu, le palétuvier rouge est une essence pionnière et dominante. Vivipare, il se reproduit par des propagules prêtes à s’enraciner dés qu’elles se fixent dans la vase. C’est donc uniquement cette espèce qui est replantée mais la qualité des futures mangroves est assurée par la présence d’autres essences sur les rives du lac Ahémé, en particulier Avicenna germinans, Laguncularia racemosa et Conocarpus erectus. Ces espèces bénéficieront de l’implantation des palétuviers rouges pour reconquérir peu à peu les rives et reconstituer ainsi un milieu riche et diversifié.
La tradition animiste a largement contribué au maintien de cette biodiversité animale et végétale.
Les
« forêts sacrées » et leurs équivalents lacustres dédiés aux divinités de l’eau telles que
Avlékété dossou font l’objet d’interdits religieux. A défaut d’être totalement respectés, ils ont tout au moins permis d’éviter ou de limiter coupes, brûlis, chasse ou pêche
excessives.
Zone d’interdiction de pêche dédiée à Avlékété Dossou (Possotomé)
Forêt sacrée de Mitogbodji
Si la petite population de vervets de Possotomé a malheureusement fui la forêt sacrée, une vingtaine de singes mones sont présents dans celle de Kpétou, sous la surveillance de gardes formés par ECOBENIN. Afin de stabiliser et renforcer cette petite population, l’ONG a fait procéder à la plantation d’arbres fruitiers en périphérie immédiate de la forêt.
Les singes mones (cercopithecus mona) de la forêt sacrée de
Kpétou
Plantation de bananiers pour l'alimentation des singes mones
Les mones restent néanmoins méfiants et la topographie des lieux rend toute dissimulation inutile. L’arrivée de visiteurs à travers champs est immédiatement annoncée par l’aboiement rauque du mâle qui suit attentivement les déplacements des intrus pendant que les jeunes et les femelles vont se mettre à l’abri.
Biodiversité des mangroves
Il existe également une forêt sacrée sur l’île de Mitogbodji et on peut y admirer de majestueux palétuviers noirs ( Avicennia germinans). Malheureusement, l’interdit religieux qui protège la flore ne s’applique pas à la faune et la chasse y est pratiquée comme ailleurs. Les observations d’oiseaux sont néanmoins nombreuses sur le lac et à son embouchure au sud : aigrettes des récifs (Egretta gularis),héron strié (Butorides striata), élanion blanc (Elanus caeruleus), alcyon pie (Ceryle rudis), martin chasseur du Sénégal (Halcyon senegalensis), jacana africain (Actophilornis africana), râle à bec jaune (Amaurornis flavirostra), sterne royale (Sterna maxima) et pierregarin (Sterna hirundo) ainsi que les omniprésents milans noirs (Milvus migrans) qui survolent inlassablement le plan d’eau à la recherche de proies. Cette liste est loin d’être exhaustive.
Martin chasseur du Sénégal (Halcyon senegalensis)
Grace au travail de sensibilisation fait par Ecobénin auprès des comités villageois, les populations locales ont désormais bien intégré le fait qu’il existait une relation directe entre la mangrove et l’abondance de poissons et de crustacés. Concernant ces derniers, la pêche des crabes de lagunes (Callinectes amnicola et Portunus validus) représente une source de revenus importante pour de nombreuses familles. Elle est souvent pratiquée par les femmes au moyen de pièges immergés dans l’eau après avoir été garnis d’appâts.
Technique de pêche au crabe dite « oglê ».
Le taux de réussite des chantiers de replantation est remarquable. Si l’on exclue l’échec d’une première plantation qui fut suivie de précipitations anormalement élevées entrainant l’immersion des propagules, il est supérieur à 90%. La croissance des propagules est rapide comme en témoigne la photo ci-dessous, prise seulement 6 mois après la plantation (hauteur moyenne : 1m à 1m20)
Jeunes palétuviers rouges plantés en février 2011 (Photo Septembre 2011)
Les opérations de plantation se font en trois étapes :
1°) Collecte de propagules à maturité dans les mangroves préservées
2°) Transport en pirogue vers des « pépinières » à proximité des sites de replantation
3°) Repiquage définitif sur les sites choisis le long des rives du lac, avec un espacement d’environ 1 metre.
Collecte, transport et repiquage des propagules
Les visiteurs peuvent participer directement aux opérations de plantation mais il est également possible de soutenir le projet par des « plantations cadeaux ». Le donateur finance un nombre convenu de jeunes plants au nom d’un ami ou d’un parent qui se verra remettre un « certificat de plantation ». Un panneau nominatif matérialisera sur place l’emplacement des plantations.
« Plantation cadeau » à Gongué
A ce jour, 110 0000 palétuviers ont été déjà plantés entre Possotomé et Agatogbo sur une longueur d’environ 12 km de rive. La réhabilitation des mangroves du lac Ahémé est donc bien engagée et chacun d’entre nous peut y contribuer, soit par un soutien financier sous forme de « plantations cadeaux », soit en se rendant au Bénin et en intégrant sa participation à un chantier de replantation dans l’un des nombreux circuits d’écotourisme solidaire organisés par ECOBENIN, de la route des pêches aux parcs de la Pendjari et du W, en passant par le pays Somba, les chutes de Tanongou ou les palais des rois d’Abomey.
Pour en savoir plus sur le projet : www.ecobenin.org et www.lacaheme.com
Contacts : ECOBENIN Zogbadjé Rue début cloture IITA ABOMEY CALAVI
Tel : (229) 21 04 22 68
E-mail : ecobenin@yahoo.fr ou contact@ecobenin.org
La double strate caractéristique de la végétation du cordon lagunaire: mangrove et cocoteraie









Rituel
d'"Ejengi", l'esprit protecteur de la forêt

